Le paysage politique sénégalais traverse une zone de fortes turbulences. Après le limogeage surprise d’Ousmane Sonko le vendredi 22 mai 2026 et la désignation d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô pour lui succéder au poste de Premier ministre, l’attention se porte désormais sur la composition de la future équipe gouvernementale. Cette annonce s’annonce déterminante pour fixer les futurs rapports de force entre le parti Pastef et l’exécutif dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye.
Un équilibre institutionnel précaire face à une majorité parlementaire
Le chef de l’État fait face à un exercice d’équilibre politique particulièrement délicat. Il doit acter l’entrée du pouvoir exécutif dans une nouvelle ère sans son mentor historique à ses côtés, tout en évitant la rupture avec sa propre formation politique. Le Pastef détient en effet une position ultra-dominante à l’Assemblée nationale avec 130 députés sur 165.
Cette hégémonie parlementaire confère au parti un pouvoir de blocage considérable. Comme le rappelle Babacar Ndiaye, analyste politique et directeur de recherche au think tank Wathi, le groupe parlementaire du Pastef a la capacité légale d’engager la responsabilité du nouveau Premier ministre en initiant, par exemple, une motion de censure.
Pour tenter de désamorcer cette crise, le futur gouvernement devrait opter pour une configuration bicéphale. Selon une source issue de l’équipe gouvernementale sortante, la nouvelle équipe associera nécessairement :
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Des ministres issus des rangs du Pastef ;
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Des technocrates de haut niveau, calqués sur le profil du nouveau Premier ministre.
Toutefois, une inconnue de taille subsiste : les figures du premier cercle d’Ousmane Sonko accepteront-elles de siéger dans ce gouvernement pour veiller à la continuité du « Projet » ?
Dette publique et congrès national : les points de friction
Au-delà des questions de personnes, le différend est aussi profondément d’ordre économique. Le Pastef a d’ores et déjà posé ses conditions à l’exécutif, exigeant des « clarifications » nettes sur la stratégie de désendettement du Sénégal, alors que la dette publique culmine à 132 % du PIB. Le nœud du problème réside dans l’arbitrage financier : Bassirou Diomaye Faye choisira-t-il de suivre la voie d’une restructuration proposée par le Fonds monétaire international (FMI), une option fermement rejetée pour le moment par le parti d’Ousmane Sonko ?
L’épilogue de ce bras de fer institutionnel pourrait se dessiner dans les jours à venir :
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Le 6 juin 2026 : À l’occasion du congrès national du Pastef, Ousmane Sonko prendra la parole. Ce rendez-vous sera l’opportunité pour lui de clarifier la nature de la collaboration ou de la confrontation ouverte des relations qu’il compte entretenir avec le chef de l’État et la nouvelle équipe ministérielle.
Pour l’heure, le président Bassirou Diomaye Faye n’a ni démissionné, ni été exclu du Pastef, son parti d’origine. Après une visite de travail effectuée en Gambie, à Banjul, le chef de l’État a regagné la capitale sénégalaise le samedi 30 mai au soir.







