Le processus de paix historique engagé en Colombie traverse une zone de fortes turbulences. À quelques semaines de son investiture prévue le 7 août prochain, le nouveau président élu, le millionnaire d’extrême droite Abelardo de la Espriella, multiplie les déclarations belliqueuses. Ce mardi 14 juillet 2026, une passe d’armes directe l’a opposé à Rodrigo Londoño, dit « Timochenko », figure historique et ancien chef de la guérilla des Farc, illustrant les vives incertitudes qui pèsent sur l’avenir de l’accord de paix de 2016.
La justice transitionnelle dans le collimateur du nouveau pouvoir
À l’origine de cette nouvelle crise : le voyage en Espagne de Timochenko, autorisé par le tribunal spécial de justice transitionnelle (JEP). Condamné en 2025 à huit ans de travaux d’intérêt général après avoir reconnu sa responsabilité dans plus de 21 000 enlèvements, l’ex-rebelle bénéficie des peines alternatives prévues par l’accord de 2016 pour ceux qui coopèrent pleinement.
Cette clémence apparente suscite la colère noire d’Abelardo de la Espriella, avocat novice en politique et tenant de la ligne dure :
« Ce criminel de Timochenko mérite la prison à vie et je vais faire en sorte que ça soit le cas. Les criminels qui ont assassiné, violé et inondé le monde de cocaïne se promènent tranquillement. C’est absolument intolérable. »
Au-delà du cas de Timochenko, le président élu affiche clairement son intention de démanteler le tribunal spécial, qu’il accuse de partialité, de bombarder sans concession les factions liées au narcotrafic, et de rompre définitivement les négociations entamées par le président de gauche sortant, Gustavo Petro, avec les dissidents toujours armés.
Un appel au dialogue face aux « messages de haine »
Face à ces menaces directes, la direction des ex-Farc a choisi de jouer la carte de l’apaisement et de la responsabilité collective. Dans une lettre ouverte cosignée par sept anciens commandants historiques, dont Pastor Alape, Pablo Catatumbo et Julian Gallo, ils ont réitéré leur « engagement inébranlable » envers le processus de paix.
Rodrigo Londoño a exhorté la future administration à respecter la parole de l’État colombien, rappelant que seul un dialogue sincère permettrait de briser le cycle de la violence et d’éviter que les discours de haine ne replongent le pays dans le chaos.







