Depuis le début de l’invasion de son territoire par la Russie en 2022, l’Ukraine subit quotidiennement des bombardements de Moscou. En première ligne après chaque attaque, les secouristes paient un lourd tribut. Afin de leur rendre hommage et de documenter des actes susceptibles de constituer des violations du droit international, des ONG et des journalistes ukrainiens ont réalisé un documentaire centré sur le quotidien et les dangers d’une brigade de pompiers de Kiev.
La tactique de la « double frappe » dénoncée
Projeté à la Maison de l’Ukraine à Kiev malgré les alertes et les frappes persistantes sur la capitale, le film intitulé « Au son des sirènes » met en lumière une méthode particulièrement redoutable : la « double frappe ». Cette tactique consiste à bombarder une première fois une cible, puis à attendre l’arrivée des secours pour frapper à nouveau au même endroit, visant délibérément ceux qui viennent en aide aux victimes. Une vingtaine de pompiers étaient présents lors de l’événement pour apporter leur témoignage.
Le pompier Ivan Kaharlytsky, qui a perdu trois de ses collègues un an auparavant dans une attaque similaire à Kiev, a alerté sur la recrudescence de cette pratique :
« Elles continuent de se multiplier et de s’intensifier ».
Il précise en outre que plus de la moitié de ces agressions ciblées contre le personnel de secours sont désormais perpétrées au moyen de drones FPV (des drones à vue subjective à courte portée habituellement déployés sur la ligne de front).
Des actes constitutifs de crimes contre l’humanité ?
Au total, les services de secours ukrainiens affirment avoir recensé plus de 1 000 frappes dirigées contre leurs équipes depuis le début du conflit en 2022. Pourtant, le droit international protège explicitement ces personnels, qui disposent du statut de civils.
Face à ce constat, Roman Koval, membre de l’ONG Truth Hounds une organisation spécialisée dans l’enquête sur les violations du droit international, insiste sur la nature de ces assauts. Selon lui, ils se distinguent par « leur ampleur et leur systématicité ». Il rappelle que lorsque ces deux critères sont remplis, ces actes peuvent juridiquement être qualifiés de crimes contre l’humanité, au même titre que les crimes de guerre et le génocide.
À la fin de la séance, le public a chaleureusement salué et remercié les pompiers survivants présents dans la salle. Le bilan humain est dramatique : depuis 2022, les attaques russes ont blessé plus de 550 secouristes et coûté la vie à 117 d’entre eux.







