Le masculinisme radical a franchi les frontières du virtuel pour s’imposer comme une menace redoutable pour la sécurité intérieure en Europe. De la France à la Suisse, en passant par le Royaume-Uni et l’Allemagne, les services de renseignement s’alarment de la prolifération de profils de plus en plus jeunes parfois dès 13 ans radicalisés à l’extrême par les algorithmes des réseaux sociaux. Face à cette mouvance diffuse et violente, illustrée par de récentes tentatives d’attentats misogynes, les réponses étatiques demeurent encore fragmentées et peinent à contrer l’influence culturelle grandissante de cette idéologie.
Des forums d’internet au passage à l’acte terroriste
La mouvance ne se cantonne plus aux cercles marginaux du web. En France, l’interpellation d’un lycéen armé à Saint-Étienne et les menaces visant le Planning familial ont poussé la justice à retenir pour la première fois la qualification terroriste pour des dossiers liés au masculinisme radical. Portée par la communauté des « incels » (célibataires involontaires), cette idéologie attribue la frustration affective des hommes à une prétendue domination systémique des femmes. Les experts, à l’image du sociologue Tristan Boursier, soulignent que ce phénomène dépasse le cadre classique de l’ultra-droite : il s’agit d’une dynamique autonome, amplifiée par des figures d’autorité mondiales et des influenceurs à l’audience massive.
Une contagion algorithmique que les États peinent à freiner
Le cœur du problème réside dans la mécanique des réseaux sociaux. Des études démontrent qu’en moins de 25 minutes, les algorithmes de plateformes comme TikTok ou YouTube exposent de jeunes profils à des contenus misogynes et antiféministes. Pour endiguer ce fléau structurel, le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) préconise d’intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité et d’imposer la transparence algorithmique. Si le Royaume-Uni fait figure de pionnier en intégrant des cours obligatoires contre la misogynie à la rentrée 2026, et que le Canada s’appuie sur une solide mémoire collective, le manque de coordination à l’échelle européenne complique la détection de profils qui n’obéissent à aucun déterminisme social ou psychologique précis.







