L’entreprise privée chinoise Geedge Network, déjà controversée pour avoir commercialisé les technologies de censure de Pékin à l’étranger, ambitionne désormais d’utiliser l’Intelligence Artificielle pour identifier de manière prédictive les futurs dissidents politiques. Révélé par des chercheurs de l’université Vanderbilt suite à une fuite massive de plus de 100 000 documents internes en cours depuis septembre 2025, ce projet vise à transformer la surveillance numérique en un outil capable d’anticiper et d’étouffer toute contestation avant même qu’elle ne se matérialise.
L’évolution prédictive du « Great Firewall »
Fondée par Fang Binxing, surnommé le « père du Great Firewall of China » (l’infrastructure nationale de censure), Geedge Network a déjà vendu des versions de ses outils à des régimes autoritaires tels que le Kazakhstan, la Birmanie et l’Éthiopie. Avec ce nouveau programme, la société souhaite franchir un cap technologique :
-
Analyse multi-source : En s’appuyant sur les grands modèles de langage (LLM), l’IA ambitionne de croiser les habitudes de vie réelles et virtuelles des internautes.
-
Classification des profils : Les lectures, les films visionnés, les forums fréquentés, les déplacements physiques et les publications sur les réseaux sociaux sont passés au crible pour classifier chaque citoyen selon le niveau de « risque » qu’il présente pour le régime.
-
Conditionnement social : Selon les spécialistes, cette démarche s’inscrit dans la continuité directe du système de crédit social chinois et répond à une obsession historique d’anticipation des conflits inspirée des préceptes de Sun Tzu.
Failles systémiques et enjeux géopolitiques
Bien que la puissance des LLM offre aux régimes autoritaires la promesse d’une automatisation de la surveillance à l’échelle d’un milliard d’individus, le système fait face à d’importantes limites éthiques et techniques. Les risques d’« hallucinations » de l’IA et de faux positifs sont considérés par Pékin comme des dommages collatéraux acceptables, tandis que la falsification de données à des fins de règlements de comptes politiques internes demeure une menace réelle. En outre, ce savoir-faire prédictif est pressenti pour devenir un futur produit d’exportation clé dans le cadre des projets des Nouvelles routes de la soie.
Pour l’heure, le développement complet de cette technologie par Geedge Network reste freiné par les restrictions américaines sur les exportations de puces graphiques de haute performance, indispensables pour traiter de telles masses de données. Si les entreprises chinoises s’efforcent de concevoir des alternatives nationales, ce blocus technologique ralentit temporairement le projet, érigeant le contrôle des semi-conducteurs en un enjeu direct de défense des droits humains.







