Le dernier rapport African Economic Outlook de la Banque africaine de développement (BAD) met en lumière la résilience des économies africaines face aux turbulences mondiales. Toutefois, cette progression du PIB masque un problème de fond : un décalage structurel persistant entre une démographie très dynamique et une création d’emplois formels insuffisante pour absorber l’arrivée massive de nouveaux jeunes sur le marché du travail.
Une croissance résiliente mais un marché du travail sous tension
Si l’Afrique conserve un rythme de progression supérieur à celui de nombreuses régions tirée principalement par l’Afrique de l’Est et l’Ouest, tandis que l’Afrique australe affiche des performances plus contrastées, la question de la qualité de cette croissance devient centrale.
- Le piège de l’informel : Faute d’opportunités suffisantes dans le secteur formel, une part majeure de la population active se tourne vers l’économie informelle, caractérisée par une faible productivité et une protection sociale limitée.
- Le défi de l’emploi des jeunes : La BAD rappelle que la jeunesse et la forte croissance démographique ne constituent un véritable « dividende démographique » qu’à la condition d’être soutenues par une éducation de qualité, des infrastructures performantes et des investissements ciblés.
Industrialisation incomplète et contraintes structurelles
Le modèle économique de nombreux pays reste pénalisé par une dépendance excessive à l’exportation de matières premières (hydrocarbures, minerais, produits agricoles), au détriment d’une transformation locale à haute valeur ajoutée. Cette faiblesse freine l’essor de chaînes de valeur régionales, pourtant clés pour la réussite de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
D’autres obstacles majeurs ralentissent la transformation économique du continent :
- Le coût élevé du crédit, qui bride l’investissement privé.
- Le déficit chronique des infrastructures, notamment l’accès à une électricité fiable, indispensable pour soutenir l’industrie et la productivité.
- La pression sur les finances publiques, qui nécessite d’élargir l’assiette fiscale et d’améliorer l’efficacité des administrations pour financer le développement sans dépendre excessivement de la dette extérieure.
À travers ce rapport, la BAD insiste sur un changement de paradigme : la création de richesse ne peut plus se mesurer uniquement par la progression du PIB, mais par la capacité des nations à transformer leur capital humain en un véritable moteur de développement inclusif, sous peine de voir s’accentuer le chômage et les tensions sociales.







