Alors que l’épidémie d’Ebola provoquée par le virus Bundibugyo gagne du terrain dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la riposte sanitaire fait face à une crise interne majeure à Bunia. Des prestataires de première ligne médecins, hygiénistes et gestionnaires de données manifestent pour réclamer le paiement de leurs primes et dénoncer leurs conditions de travail. Cette grogne locale met en lumière le défi chronique de la coordination des fonds entre l’État congolais, les agences internationales et les ONG, malgré le déblocage récent de 60 millions de dollars par l’ONU.
Des listes d’agents qui explosent et des retards de paiement
Sur le terrain, la tension est palpable. Certains personnels, notamment des hygiénistes dont les effectifs sont passés de 7 à 115 avec l’évolution de la crise, affirment n’avoir rien perçu depuis le 15 mai. En déplacement à Bunia, le ministre de la Santé, Roger Samuel Kamba, a tenté de rassurer en précisant qu’il ne s’agit pas d’une grève des centres de traitement, mais d’un mouvement d’une coalition d’investigateurs, qui a depuis repris le travail.
Le ministre reconnaît la légitimité des revendications mais pointe du doigt des anomalies administratives majeures : une structure de santé a par exemple transmis une première liste de 27 prestataires avant de l’allonger subitement à 230 noms, forçant les autorités à geler les paiements pour vérification. Pour y remédier, le gouvernement prévoit de déployer un système d’identification biométrique des équipes de riposte.
Le mirage des millions internationaux
Pour le ministre de la Santé, les annonces de financements internationaux massifs créent de fausses attentes et complexifient la situation. « Dès lors que tous les partenaires annoncent des millions, tout le monde se dit qu’il y a de l’argent », explique-t-il. Or, ces ressources transitent par une multitude de canaux, d’ONG et de bailleurs dotés de leurs propres règles administratives, créant des disparités de salaires et des doublons sur le terrain. L’objectif affiché par le gouvernement est désormais d’imposer un triptyque strict : « un seul plan, un seul budget et une seule coordination ».
Ce débat sur la gouvernance sanitaire en RDC est loin d’être nouveau. Par le passé, la gestion des épidémies d’Ebola et de Covid-19 a régulièrement été entachée de soupçons de détournements, de recrutements disproportionnés et de poursuites judiciaires contre d’anciens ministres. Dès 2020, le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) alertait sur la création d’un « système de santé parallèle » éphémère. Un constat amer partagé par l’actuel ministre, qui rappelait récemment que la riposte de 2018-2020 avait englouti 1,2 milliard de dollars sans que le système général n’en bénéficie : « Le système est resté toujours fragile. Même pas un laboratoire construit. »







