Cent ans après sa naissance, l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade demeure une référence incontournable et structurante de la vie politique de son pays. Retiré aujourd’hui à Versailles aux côtés de son épouse Viviane, le chef historique du Parti démocratique sénégalais (PDS) conserve, selon ses proches, une vivacité d’esprit remarquable. Célébré ce vendredi 29 mai 2026, son centenaire ravive de Dakar à la diaspora d’intenses débats autour de son immense legs politique, économique et institutionnel. Entre la nostalgie du combat pour l’alternance et les controverses de sa fin de règne, la stature du « Vieux » continue d’orienter les lignes de fracture du paysage partisan sénégalais.
Le bâtisseur du « Sopi » et l’artisan de la première alternance
Né en 1926, Abdoulaye Wade a incarné pendant un quart de siècle l’opposition obstinée face à l’hégémonie du Parti socialiste. Sa victoire historique en mars 2000 sous la bannière du Sopi (le changement, en wolof) a marqué la toute première alternance démocratique du Sénégal indépendant, devenant un cas d’école pour l’Afrique de l’Ouest. À la tête de l’État (2000-2012), il a profondément modernisé le pays. Son bilan reste gravé dans la pierre : l’autoroute à péage, le chantier de l’aéroport Blaise-Diagne, ou encore le Monument de la Renaissance africaine. Diplomate panafricaniste, il fut également l’un des grands architectes du NEPAD. Toutefois, sa fin de mandat s’est fissurée autour de projets contestés, comme la tentative d’instaurer un ticket présidentiel, les soupçons de dévolution monarchique au profit de son fils Karim, et sa candidature polémique à un troisième mandat en 2012.
Un centenaire hautement symbolique pour la nouvelle génération au pouvoir
Cet anniversaire exceptionnel intervient dans un contexte politique inédit à Dakar. Portés au pouvoir en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et son mentor Ousmane Sonko incarnent une rupture souverainiste et générationnelle majeure. Au sein de la classe politique, l’éventualité d’un message officiel des nouveaux dirigeants à l’adresse du doyen des anciens chefs d’État est scrutée de près. Un tel geste républicain sonnerait comme une reconnaissance historique envers celui qui, le premier, a brisé le monopole du parti unique et ouvert la voie aux alternances démocratiques. Alors que ses anciens collaborateurs, à l’image d’Amadou Sall, affirment qu’il laissera un patrimoine considérable au peuple sénégalais, les héritiers du libéralisme wadien comptent bien s’appuyer sur ce symbole pour peser lors des prochaines échéances locales.







