La lune de miel aura été de courte durée. Portés au pouvoir en 2024 sous le slogan fusionnel « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko ont acté leur séparation politique. Moins d’un mois après son limogeage de la primature le 22 mai dernier, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a profité du congrès du Pastef pour lancer ses troupes à l’assaut des élections locales de 2027 et de la présidentielle de 2029. Un virage majeur décrypté par Maurice Soudieck Dione, professeur de science politique à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis.
Deux visions irréconciliables de la souveraineté
Ce divorce marque le début d’une phase de clarification idéologique au sommet de l’État. Selon Maurice Soudieck Dione, deux lignes s’affrontent désormais au sein de l’ancienne coalition au pouvoir :
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Une ligne pragmatique : Incarnée par le président Bassirou Diomaye Faye, qui souhaite adapter le projet initial aux réalités économiques complexes du pays.
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Une ligne doctrinale et radicale : Défendue par Ousmane Sonko, qui considère l’idéologie du Pastef comme une matrice non négociable devant transformer la société.
Cette fracture se cristallise notamment sur le plan économique : l’actuel président de l’Assemblée nationale rejette catégoriquement toute restructuration de la dette par le FMI, là où le chef de l’État privilégie une approche technique face à l’urgence financière.
Le spectre du blocage institutionnel
Malgré l’écrasante majorité dont dispose le Pastef à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko réfute toute volonté de plonger le pays dans le chaos. Bloquer systématiquement les réformes présidentielles comporterait un coût politique immense auprès d’un électorat qui a placé d’immenses espoirs dans cette transition.
De son côté, si le président Faye dispose de l’article 52 de la Constitution lui octroyant des « pouvoirs exceptionnels » en cas de blocage, l’usage d’une telle mesure s’avérerait extrêmement risqué. Par conséquent, la dissolution de l’Assemblée dès décembre prochain ou, à défaut, le rendez-vous des élections territoriales de janvier 2027 feront office de véritables juges de paix.
Forces et faiblesses des deux rivaux
Dans cette course de fond, Ousmane Sonko avance avec de sacrés atouts. Chef de file du Pastef fraîchement remobilisé à la Dakar Arena, il bénéficie auprès des militants d’une forte « rente victimaire » dans la culture sénégalaise, étant perçu comme le bienfaiteur trahi par celui qu’il a installé au pouvoir.
Cependant, le président Faye dispose d’une carte maîtresse : sa posture plus souple et modérée lui permet d’élargir son assise politique bien au-delà de la base du Pastef en tendant la main à des coalitions périphériques.
Le verdict des urnes en 2027 dépendra également de la réaction des déçus de la gouvernance Pastef. Les récentes politiques de déguerpissement de l’espace public et la gestion des crises du BTP et des universités pourraient peser lourd. Reste à savoir si les électeurs en tiendront rigueur à Ousmane Sonko, qui était, après tout, la cheville ouvrière du gouvernement en tant que Premier ministre.







