L’interpellation de deux responsables du quotidien indépendant La Gazette des Comores provoque une vive polémique dans l’archipel. Arrêtés à Moroni pour des articles consacrés à l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, le directeur de publication El-had Saïd Omar et le journaliste Toufé Maecha font l’objet d’une enquête judiciaire. Une affaire qui suscite l’indignation des organisations professionnelles et ravive les inquiétudes concernant la liberté de la presse aux Comores.
La liberté de la presse est de nouveau au centre des préoccupations aux Comores. Le lundi 8 juin 2026, les services de la gendarmerie ont interpellé à Moroni deux responsables de La Gazette des Comores, principal quotidien indépendant du pays. Le directeur de publication, El-had Saïd Omar, et le journaliste Toufé Maecha sont visés par une enquête ouverte par le parquet à la suite de plusieurs articles publiés entre mai et juin 2026 sur l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi.
Selon la procureure de la République, les publications incriminées seraient susceptibles de troubler l’ordre public et de porter atteinte à la paix sociale. Les autorités reprochent au journal d’avoir diffusé des informations relatives à l’ancien chef de l’État, une personnalité politique dont la situation continue de susciter un vif intérêt au sein de l’opinion publique comorienne.
Après près de vingt heures de garde à vue, El-had Saïd Omar a été remis en liberté le mardi 9 juin. À sa sortie, il a contesté les accusations portées contre son journal, estimant que les articles concernés relevaient pleinement de la mission d’information de la presse. Selon lui, les publications visaient à apporter des éléments d’éclairage sur une question d’intérêt public concernant une figure majeure de la vie politique nationale. Son confrère Toufé Maecha demeurait toutefois retenu par les autorités au moment de sa déclaration.
Cette interpellation a immédiatement suscité la réaction du Syndicat national des journalistes comoriens. Son président, Chamsoudine Saïd Mhadji, a dénoncé les conditions de l’arrestation, affirmant que les deux professionnels des médias n’avaient reçu aucune convocation préalable avant l’intervention des forces de l’ordre à leur domicile. Il appelle la justice à respecter les dispositions du Code de l’information ainsi que les principes garantissant la liberté d’expression dans le pays.
Le syndicat s’inquiète également des conditions de garde à vue. Selon ses responsables, la législation comorienne ne permet pas aux personnes interpellées de bénéficier immédiatement de l’assistance d’un avocat, une situation qui soulève des interrogations sur le respect des droits de la défense.
La procédure judiciaire devait se poursuivre le mercredi 10 juin avec l’audition des deux journalistes par la procureure de la République. Cette affaire intervient dans un contexte marqué par les alertes répétées des organisations de défense de la liberté de la presse. Reporters sans frontières dénonce régulièrement des cas d’intimidation, de pressions et d’arrestations visant des professionnels des médias dans l’archipel. L’interpellation des responsables de La Gazette des Comores ravive ainsi les préoccupations relatives à la protection du droit à l’information et à l’exercice du journalisme indépendant aux Comores.







